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Ekaterina Kondratieva, poème sur la destinée de la reine d'Espagne (Collège Universitaire Français, 17.03.2012)
JUANA LA LOCA
autrement dit
aliénée
perdue jusques au fond du cœur
une difficulté
presque physique
un petit handicap
vivrai-je
vibrai-je comment
face à la fenêtre
je m'imagine
vêtue de gris
sans culotte
Juana de la Luz
Claire d'Octobre
je m'écarte
diffusée partout
toutes les chaînes
les manches
les canaux
tout m'étrangle
différente
dilatée
du monde entier
et surtout de toi
à quoi bon autant de soleil
asile
pas de chez moi dans mes locaux
dans mes folies
aujourd'hui je m'appelle
Doňa Juana
la reine du mouvement
de l'échappement
clouée jusqu'au fond du cœur
disparue de la surface
diffamée
est-ce la famine
est-ce que je suis fameuse
ou peut-être ta
lumière éblouissante
ta femme savante
ou femme sauvage
no
comment
sauvée
sauvée mon âme
est-ce que cela veut dire
savane
ici du soleil dans mon lit
des prairies dans ma prière
qu'est-ce que cela veut dire
sauvée
peut-être une grande sauveur
grise sur le blanc
dans les rayons dispersés
de l'ancien soleil
je serai sans sous
sans soucis
sans souvenirs
ça me suffira l'espace
où je suis
plus besoin d'être séparée
plus besoin d'être localisée
ni locutrice
plus besoin d'être
Juana la Loca
ce sera comme la mer
ce sera comme la fin des mémoires