Michel Leiris, Lettre du 19 septembre 1931, Leiris : « Les méthodes employées pour l’enquête ressemblent beaucoup plus à des interrogatoires de juges d’instruction qu’à des conversations sur un plan amical, et les méthodes de collecte des objets sont, neuf fois sur dix, des méthodes d’achat forcé, pour ne pas dire de réquisition. Tout cela jette une certaine ombre sur ma vie et je n’ai la conscience qu’à demi tranquille. Autant des aventures comme celles du kono, tout compte fait, me laissent sans remords (sic), puisqu’il n’y a pas d’autre moyen d’avoir de tels objets et que le sacrilège lui-même est un élément assez grandiose, autant les achats courants me laissent perplexe, car j’ai bien l’impression qu’on tourne dans un cercle vicieux : on pille des Nègres sous prétexte d’apprendre aux gens à les connaître et les aimer, c’est-à-dire, en fin de compte, à former d’autres ethnographes qui iront eux aussi les aimer et les piller » (Miroir de l’Afrique, 204)… Lettre du 13 septembre 1936 : « Je me suis encore un peu conduit comme un aventurier mais je ne regrette rien (sic): il y a des objets sublimes qu’il serait mille fois plus ignoble d’acheter que de les voler ». Le 26 octobre 1945, dans son Journal : « Impossibilité dans laquelle je me trouve, par exemple, de prendre pour tout ce qui de près ou de loin touche à la question coloniale une position autre qu’anticolonialiste, afin de ne pas démentir l’image de moi qui se dégage de «L’Afrique fantôme ». ... Leiris raconte comment Griaule et lui s’introduisirent dans un sanctuaire Kono pour dérober des objets de culte à Kéméni en 1931. « Griaule et moi demandons que les hommes aillent chercher le Kono. Tout le monde refusant, nous y allons nous-mêmes, emballons l’objet saint dans la bâche et sortons comme des voleurs, cependant que le chef s’enfuit ». ... Malraux au Cambodge : l’aventurier-pilleur de ruines